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L'observateur du dimanche

L'observateur du dimanche

Le blog de Benoît de Valicourt - Je vote blanc parce que le bleu est devenu marine et le rouge a perdu de sa passion.


Radicalement correct !

Publié par L'observateur du dimanche sur 8 Janvier 2016, 17:52pm

Le 13 novembre 2015, je rencontrais Thierry Braillard, Secrétaire d’Etat aux Sports pour une conversation sur le radicalisme. J’ai découvert un homme passionné, moins dogmatique que je ne l’imaginais. Il est vrai que je manque parfois d’objectivité quand les mots « gauche » et « radicalisme » résonnent à mes oreilles !

« Gauche » car trop souvent bienpensante et moralisatrice et, sincèrement, j’ai passé l’âge de recevoir des leçons de celles et ceux qui ne sont plus des exemples depuis qu’ils ont perdu la foi.

« Radicalisme » car il y a dans ce mot un manque évident de modération !

Oh bien sûr, il n’y a pas qu’à gauche qu’on trouve des Appellations d’Origine Contrôlée, prenez par exemple « conservateur », il n’échappe à personne qu’il s’agit de la combinaison de « con » et de « servare » au sens de maintenir, soit le fait de rester con ! Et ce n’est pas tous ces réactionnaires, conformistes, traditionalistes et autres anti- progressistes qui me contrediront.

Thierry Braillard en est convenu, il y a un problème de sémantique avec le mot « radicalisme » mais il confesse qu’il est lié aux traditions … un conservateur sommeillerait dans le corps du Secrétaire d’Etat aux Sports ? Non, je ne peux pas le croire, il a su me convaincre en défendant les 5 piliers du radicalisme : laïcité, solidarité, humanisme, tolérance et universalisme.

D’ailleurs, ne m’a-t-il pas expliqué comment, dans le sport, il arrivait à défendre ses idéaux en favorisant l’emploi dans les quartiers populaires en partenariat avec les fédérations sportives pour former aux métiers d’animateurs ou en favorisant les cours de natation pour les enfants de 6ème qui n’ont ni le loisir de se baigner dans les piscines ni le plaisir de découvrir la mer. Ce n’est pas tant permettre de nager qui est un engagement radical, c’est surtout le fait de permettre d’apprendre et toutes formes d’apprentissage est un moyen de lutter contre l’obscurantisme, nous ne le répèterons jamais assez.

Citoyen du sport, Thierry Braillard est avant tout un politique et quand j’aborde la question sensible des drapeaux algériens dans les stades ou des joueurs qui refusent de chanter la Marseillaise, le Ministre brandit le pilier de la tolérance m’expliquant qu’il y une perte de repères pour cette jeunesse issue de l’immigration et des conditions de la décolonisation les laissant presque aux portes de la République comme des apatrides ! Et le 13 novembre 2015 à 13 h, on ne parlait pas encore de la déchéance de nationalité !

Européen convaincu, l’élu lyonnais n’en est pas moins désabusé face aux errements d’une machine administrative qui n’a pas de corpus politique. Il cite la question de l’argent dans le sport, du manque d’éthique, du dopage, … et rappelle qu’il n’y a pas de programme commun aux 28 Etats membres pour lutter contre les dérives de l’économie sportive.

Engagé en 1982 à 18 ans, Thierry Braillard n’a pas connu l’âge d’or du radicalisme et ses héros : Georges Clémenceau, Gaston Monnerville, Jean Moulin, Jean Zay et bien entendu le Lyonnais Edouard Herriot.

Il a rejoint le mouvement après sa deuxième mort ; la première ayant eu lieu avec l’avènement de la Vème République et la deuxième après le congrès de 1971 qui a vu l’éclatement des Radicaux en deux tendances, l’une Valoisienne, l’autre de Gauche. Comment s’inscrire politiquement et durablement quand les réunions du parti se tiennent dans une cabine téléphonique ? Il faut y croire, il faut avoir la foi chevillée au corps, c’est un sacerdoce d’être Radical !

Edouard Herriot disait « le radicalisme se présente comme l’application politique du rationalisme ». Rationalisme et politique, deux mots normalement dépendants l’un de l’autre mais qui aujourd’hui en font un oxymore. Si Herriot avait sans aucun doute raison, aujourd’hui il n’y a plus de raison en politique et encore moins de raison d’y croire !

Au moment où nous rendons hommage aux victimes des attentats de Charlie Hebdo, quelques semaines après la tuerie du Bataclan et de la farce électorale des Régionales, les valeurs portées par le Radicalisme sont résolument modernes. Elles sont une réponse à la crise morale et politique de notre pays, elles sont l’alternative au tripartisme qui bloque toutes possibilités de réformes.

Profondément républicain, opposé au socialisme dogmatique, initiateur du système des retraites et de l’impôt croissant sur le revenu, le radicalisme est la tendance du XXIème siècle, c’est l’esprit démocratique au service d’une politique sociale réaliste.

Les ondes de l’échiquier politique sont brouillées : le FN est devenu le RPR de la grande époque ; le PS s’est radicalisé avec ses frondeurs, jeunes éléphants de la doctrine maoïste ; les Républicains sont une auberge espagnole où chacun vient avec sa gamelle pour qu’on la lui remplisse ; le MoDem a le cul entre deux chaises et sa survie ne tiendra qu’à la résurrection des Cadets de Gascogne avec les séniors Juppé, Bayrou et Bernadette Chirac (depuis que le Limousin a fusionné avec la région Aquitaine !) ; le PC n’exprime plus la passion sociale et la passion de la nation, il est l’expression de l’alter-mondialisme fainéant et sale dont le seul trip est de se rouler dans la boue d’une ZAD ; EELV est un ring pour catcheuses mal dégrossies ; l’UDI est la caution sociale de la Droite qui n’ose plus dire son nom.

Alors, que reste-t-il pour continuer à vivre ensemble dans une société plus juste, dans une démocratie de progrès, laïque et tolérante où la République est garante de la liberté et de la responsabilité pour construire une Europe plus ambitieuse ?

Sûrement pas le socialisme dont l’objet n’a plus aucun sens dans une société capitaliste. Sûrement pas la Droite ou le FN retranchés derrière leurs frontières avec le crucifix en bandoulière. Encore moins les groupuscules verts et rouges à qui Lénine botterait le cul pour comportement laxiste petit bourgeois.

Il n’y donc qu’une seule alternative, c’est la social-démocratie et si je reprends les éléments de ma conversation avec Thierry Braillard, la social-démocratie est le radicalisme.

Démocrates, républicains, entrepreneurs, chômeurs, fonctionnaires, étudiants, retraités, intellectuels, immigrés, paysans, ouvriers, universitaires, hétéros, homos, trans, bi, laïques et religieux, unissons-nous, le radicalisme est mort, vive la social-démocratie !

Article publié sur LyonMag.fr

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