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L'observateur du dimanche

L'observateur du dimanche

Le blog de Benoît de Valicourt - Je vote blanc parce que le bleu est devenu marine et le rouge a perdu de sa passion.


Week-end en Ubulandes, département du Sud-Ouest de la Hollandie

Publié par L'observateur du dimanche sur 27 Juin 2016, 07:40am

Il est minuit 45, je roule au volant du cabriolet de ma mère, je longe le lac d’Hossegor, pas loin de la résidence secondaire d’Alain Juppé, le plus jeune futur Président de la République. La nuit est douce, je viens de quitter un ami que j’avais retrouvé au mythique Café de Paris, là où mon abruti de frère avait planté la Porsche de ma mère, encore elle, la Porsche ? non, ma mère !

Bref, en plein milieu du dernier rond-point, des hommes en jaunes font signe. Même s’ils sont armés, ils ne ressemblent pas à des bandits de grand chemin et encore moins à des éboueurs. Ce sont des gendarmes ! Civilités d’usage, je stationne le véhicule sur le terre-plein et un gamin encore imberbe me tend un petit appareil dans lequel je dois souffler : positif !

Heureusement que je suis positif, quand je suis négatif mon entourage fait la gueule, surtout Rachel, et quand je suis positif, ça pas l’air de plaire non plus ! Va comprendre Charles, le genre humain est quand même compliqué, toujours indécis, en perpétuelle dichotomie, bref genre casse-couilles.

Le gendarme plus âgé, j’apprendrai plus tard qu’il a le grade de Major, me demande mes papiers. Euh, c’est vraiment nécessaire de les avoir ? Je n’ai jamais mes papiers avec moi pour une simple et bonne raison c’est qu’un portefeuille à l’intérieur duquel vous mettez le permis, la CI ou le passeport déforme vos poches et vous rappelle qui vous êtes en permanence alors que très souvent je rêve de ne pas être comme mes congénères.

Bref, je trouve dans la boite à gant, non pas des gants de conduite avec paume en cuir de mouton et dos en crochet coton, mais une Carte Grise et des tracts politiques !

Je tends avec une certaine fierté le tract sur lequel est inscrit mon nom avec le slogan « Je suis Landais » ; c’était un document de campagne que j’avais utilisé après le premier tour des élections départementales de mars 2015 face au coucou Bedat, le maire de Saint-Vincent-de-Paul.

Le gamin sans barbe, ce qui à notre époque est presque perçu comme un aveu de lèse-virilité, me regarde tout surpris se demandant si cela vaut permis de conduire !

Après quelques vérifications d’usage auprès de ses collègues planqués derrière un écran qui listent les 67 millions de Français, comme au bon vieux temps de la RDA, je suis invité à souffler dans un appareil diabolique posé sur la plage arrière d’un Berlingot. Déjà, pour moi, le berlingot est un truc que l’on suce et non dans lequel on souffle !

Il s’agit de mesurer mon taux d’alcoolémie. Non point que je ne veuille pas me soumettre, j’interpelle quand même le Major lui indiquant que je ne peux pas être sous l’emprise de l’alcool, vivant en France car, comme le disaient les Soviétiques, l’alcoolisme n’existe pas dans un pays socialiste parce qu’il n’y a aucune raison objective de boire ! Le Major étouffe son rire et me laisse avec le gamin qui décidément ne comprend rien. On m’avait bien expliqué, qu’il faut inspirer et souffler uniquement l’air contenu dans la bouche et qu’à la fin de l’expiration, il faut laisser l’air s’échapper à côté du petit tuyau … rien n’y fait, l’appareil ne veut rien savoir, il n’arrive pas à mesurer mon taux d’alcoolémie. Devant ma mauvaise volonté, le gendarme pré-pubère veut me montrer toute l’autorité de sa fonction et m’intime l’ordre de m’appliquer ! La situation est risible, un jeune homme plus jeune que mes étudiants attardés me dit ce que je dois faire. Alors, sans éclater de rire, je lui dit que malheureusement si je souffle plus fort, je risque de m’étouffer et que s’en suivront des complications bien plus graves qu’un petit test d’effort à l’arrière d’un Berlingot, fut-il de la Gendarmerie Nationale.

Je déroule le scénario, ma perte de connaissance, l’arrivée des secours, la cohue autour de mon corps inerte, les autres conducteurs interpellés profitant de la situation pour se carapater et enfin la constatation de ma mort par asphyxie et non due à l’alcoolémie puisque mon autopsie révèlera un taux d’alcool inférieur à la limite autorisé et pour cause, j’ai eu le temps de dégriser !

Les gendarmes s’agacent et un des contrevenants passablement éméché s’invite à mon monologue en éructant toutes sortes d’inepties aussi grossières que ridicules. Le jeune bleu fait signe au malotru de reculer et m’invite à souffler à nouveau. Je m’exécute et miracle, l’éthylomètre réagit positivement* !

Citoyen engagé, respectueux de l’environnement, ayant planté un arbre à Abidjan en mai dernier dans le cadre d’un programme de lutte contre le réchauffement climatique, je m’insurge contre le fait que le moteur de la voiture de gendarmerie n’est pas coupé et que la couche d’ozone en prend un coup. Fustigeant au passage l’incohérence du discours gouvernemental prônant les règlementations relatives aux polluants atmosphériques.

Et pendant ce temps, le mufle passablement aviné prit la poudre d’escampette … Quand je signale aux gendarmes la disparition de l’auto et de son chauffeur, ils se regardent benoitement se rejetant la responsabilité de l’évasion du dangereux chauffard. J’explique qu’à faire trop de zèle avec moi, ils en ont perdu le sens des priorités. Un gendarme jusque-là silencieux me fait remarquer que je me mêle (du verbe mêler et nom de la commune de Ségolène Royal, la ministre de l’écologie qui ne se fait pas respecter) de ce qui ne me regarde pas. Son ton est ferme presque agressif, ce que je ne puis accepter étant d’humeur badine. Je regarde ce gendarme, beau quadra aux cheveux poivre et sel, la calotte bien visée sur la tête. Il est plutôt pas mal mais son uniforme n’est pas des plus saillants et je l’aurais plus imaginé dans la tenue du flic des Village People, la moustache en moins. Mon sang ne fait qu’un tour et je lui dis que ce n’est pas parce qu’il a trois pauvres petites barrettes sur la poitrine, et non dans les cheveux trop courts d’ailleurs, qu’il peut me parler sur ce ton. Furibard, le cogne s’emballe me précisant qu’il est Officier de Police Judiciaire, ce qui, comme dirait le grand Jacques, m’en touche une sans effleurer l’autre ! J’en connais des OPJ, des petits, des gros, des laids, des beaux, des durs, des mous, bref si je vous racontais, vous saurez tout sur l’OPJ !

Je lui réponds, commençant ma phrase par « mon chér… », qu’avant d’être OPJ, il est surtout citoyen de la République, comme moi et, depuis la nuit du 4 août 1789, les privilèges ont été abolis en France, je sais de quoi je parle ! Je crois que le « mon chér… » l’a interpelé et il me demande ce que j’avais l’intention de dire. Ben, mon chéri pourquoi, fallait pas ? Et mon beau gendarme de me dire que ce n’est pas parce que je suis maniéré qu’il va tout me passer ! Maniéré, moi ? Pffff et pourquoi pas efféminé ? C’est dingue, quand on met un pantalon orange et une chemise bleu ciel dans les Landes, tout de suite on est gay. Je crois surtout qu’il était jaloux et qu’il aurait bien aimé porter mon pantalon plutôt que son bleu de travail.

Arrive une Vel Satis avec à son bord un couple de septuagénaires. C’est la femme qui conduit ; avant même qu’elle descende, l’homme qui l’accompagne, son mari ou son amant, insulte copieusement les gendarmes et les menace d’appeler le Procureur de la République. Il demande qui a envoyé cette équipe de guignols contrôler les bons citoyens qui rentrent tranquillement chez eux après avoir diné entre amis. Le Major se dénonce mettant fin à l’interrogatoire conduit par celui qui se révélera être un ancien président de la Fédération Française de Rugby, alias le Chameau ! Nous allons sympathiser sous la surveillance du jeune brigadier éphèbe, lui attendant que sa femme termine les formalités d’usage et moi que mon taux d’alcoolémie redescende en-dessous de la barre fatidique des 0,5.

J’aurai passé plus d’une heure trente sous la surveillance d’un gamin à qui on a enlevé sa mitraillette en plastique pour lui confier un SP 2022, j’aurai perdu 6 points, je devrai m’acquitter d’une amende de 90 € et j’aurai vu des dizaines d’automobilistes passés devant les gendarmes en klaxonnant ou en roulant à vive allure sans être inquiétés parce que nos 4 gendarmes étaient occupés avec le Chameau, sa femme et moi ! D’ailleurs, le jeune grenadier reconnaissait bien volontiers qu’il ne servait à rien.

Je tire trois enseignements de cette histoire : un, la France est un pays de droits et la Gendarmerie les respecte ; deux, la France a une curieuse conception des priorités, alors que l’état d’urgence est toujours en vigueur et que la menace terroriste pourrit la vie du plus grand nombre ; trois, la France est un pays riche quand elle peut mobiliser un équipage de 4 gendarmes et 2 voitures relevant d’une brigade à plus de 40 km du lieu de contrôle alors qu’il y a deux brigades à moins de 10 km !

C’est sans doute ça l’exception française et je suis un Français exceptionnel.

*J’ai été contrôlé à 0,6. J’avais bu 36 cl de vin blanc, frais !

Insigne ayant appartenu à mon Grand-père

Insigne ayant appartenu à mon Grand-père

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